La Gazette du STEVE N° 6
Par Laurent LHERMITTE. Mars 1999
Jai eu des moments forts en émotion ce mois-ci. Me retrouver seul après le départ de la famille, quitter le port du Marin, fut assez difficile. Larrivée sur Los Testigos et le Venezuela, cétait génial et plein de bonheur Ainsi va le voyage, le plus important est quil continu finalement. Le Steve est actuellement mouillé dans les eaux bleu turquoise de larchipel La Tortuga. Lorsque je parle de jardin au sujet de la mer, cest quici il suffit de plonger avec un harpon pour aller se chercher un steak de poisson ou quelques langoustes Sil y a un sujet donc vous souhaitez que je parle, faut pas hésiter à me le demander par Mail.
Les Orchidées...
Jai fait une petite erreur dans la gazette #4 à propos de ces magnifiques plantes. Lavez-vous trouvée ? Dans lenseignement jai retenu une chose : on *peut toujours remettre en question la parole de quiconque car tout le monde peut se tromper ! Alors lorchidée nest pas une plante parasite, elle ne se nourrit pas de larbre. La principale famille dorchidée que lon trouve en Guyane est épiphyte. Cest à dire quelle se sert de larbre sur lequel elle se développe uniquement comme support. Lorchidée tire ses substances nutritives de leau qui sécoule sur les branches grâce à ses longues racines. Elle est donc linverse dun parasite Dans le monde on trouve plus de 20 000 espèces dorchidées dont 85 % dans les régions tropicales. Leurs fleurs sont très appréciées des décorateurs car elles ont des formes très variées et des couleurs magnifiques. Mais savez vous pourquoi ces fleurs mettent tant datout dans leur beauté ? Bien, simplement pour assurer sa reproduction que lon appelle la pollinisation. En effet, lorchidée ne peut se reproduire seule, elle a besoin dun insecte dit pollinisateur (abeille, papillons, oiseaux etc..) qui attiré par la forme, les couleurs, ou bien lodeur, viendra se poser sur celle-ci. Linsecte rentrera en contact avec les pollinies qui servent à la reproduction et ira les déposer sur une autre orchidée de la même famille. Il existe certaines espèces dorchidées dont la couleur, la forme et le parfum nattirent quun seul insecte pollinisateur. Ainsi si cet insecte vient à disparaître, lorchidée ne se reproduit plus et disparaît. Saviez-vous que la vanille (salut Vanille !) est une orchidée dont labeille pollinisatrice nexiste plus sur les lieux de culture. Cest grâce à une technique manuelle mise au point par un esclave de la Réunion et toujours utilisé que maman peut encore parfumer ses superbes gâteaux
Le STEVE.
Il y a de plus en plus dalgues, et de petits animaux qui poussent sous la coque. Lantifouling (peinture spéciale que lon passe sur la coque pour éviter aux organismes de sy accrocher) date du mois de décembre 98 et il va bientôt être bon à refaire. Je suis obligé de plonger plus souvent pour nettoyer. Les eaux ici sont riches en plancton. Jai toujours un tas de petits bricolages à faire : vernis, peinture, couture, mais rien de fondamental, du coup cela traîne un peu.
Fenêtre sur Mer
Je laisse la parole à des amis, Georges et Carole, qui sont venus passer 10 jours sur le bateau.
Nous souhaitons par cet article vous faire partager la vie sur le Steve telle que nous lavons ressentie lors de cette croisière. Avant le départ il est nécessaire de prévoir les vivres : viande, uf, pâtes, pâtes et pâtes pour Georges, des tomates et des légumes pour Laurent, de la confiture pour Carole Et cest parti pour une vie en autarcie.
Première petite anecdote le soir dans la cuisine. Nous nous sommes rendu compte que Laurent se levait systématiquement pour éteindre la lumière que nous laissions allumée. Cest ainsi que nous avons pris conscience que lélectricité à bord nest pas une source inépuisable à linverse de nos maisons sur terre. Ainsi toute lumière inutile doit être éteinte. Toujours dans la cuisine, un soir lors de lélaboration dune soupe de poisson, Laurent nous a livré un de ses proverbes : " Mieux vaut mettre moins deau et en rajouter, que trop et en gaspiller " En effet leau douce est primordiale et également limitée sur le Steve. (Mais comme vous le savez, il ne faut pas prendre pour argent comptant les proverbes de Laurent, car à la place dune bonne et délicieuse soupe nous avons avalé une purée de poisson). Dans un même ordre didée, nous avons du faire très attention à notre consommation deau. Les douches étaient les plus brèves possibles, la vaisselle comme la lessive étaient dabord faites à leau de mer puis ensuite rincées à leau douce. Leau de pluie était même parfois récupérée pour laver et rincer A chaque fois que nous prenons la mer cest le branle bas de combat. Chacun y va de son rangement : vaisselle, C.D., vêtements Les petites fourmis sagitent. Tout ce qui nest pas rangé valsera à lintérieur du Steve au gré du balancement des vagues. Le désordre est le meilleur ennemi du tangage
Question : Que faites-vous dune tomate tombée, lors dun tangage, dans la mayonnaise alors que vous arrivez sur la côte et que vos amis vous proposent de belles tomates fraîches ? 1) Vous oubliez cette vieille tomate et la jetez directement dans la poubelle. 2) Vous la jetez à la mer pour ne pas la gaspiller et loffrir aux poissons. 3) Vous mangez quand même cette tomate et en proposez même un morceau à vos amis qui vous regardent étonnés, " il va la manger !!! ". Et oui, on ne gâche pas la nourriture sur le Steve .
La vie à bord, cest aussi apprendre à vivre avec
les autres dans un espace restreint, participer aux
tâches : vaisselle, repas, navigation
sur ce dernier
point, on peut dire que nous nous sommes investis grâce à
Laurent. En effet, il nhésite pas à nous donner des
responsabilités : barrer, abattre, lofer, choquer, sont
devenus peu à peu des termes familiers. Je me souviens
dune entrée dans un mouillage : Georges est paré à
jeter lancre, nous sommes entourés de nombreux bateaux,
Laurent est à la barre et au moteur. Il se dirige soudain vers
la grand-voile pour laffaler et me demande tout
naturellement de maintenir le cap de façon à avancer parmi les
bateaux et au moment opportun jeter lancre. Surtout ne rien
dire, oublier son appréhension de la fausse manuvre et
barrer en pensant: " pourvu que Laurent revienne vite."
Il faut ajouter pour ma défense quil fait nuit. Ça y est,
Laurent est là, Ouf ! Tout sest bien passé. Je
relativise car en effet il y avait peu de danger de collision
mais lorsquon est novice cest une lourde
responsabilité et les risques paraissent démesurés. Tout de
même je suis fière de moi. Jai su surpasser ma peur, la
garder pour moi et faire ce quon me demandait. Je le
dévoile aujourdhui seulement à travers cet article. Sur
le bateau, chacun a sa place. Laurent sait déléguer les tâches
et le soir tous les trois nous avons plaisir à bavarder. La
télé est bien loin de nos esprits, nous discutons de sujets
variés et la guitare nous enchante. Pour terminer, il nous faut
vous parler de la mer et du sentiment de petitesse qui nous
envahit lorsque nous naviguons. La mer nous inspire à la fois la
crainte et le respect. Autant nous sommes heureux de la visite
des dauphins, autant la navigation de nuit nous stresse. A la
peur du noir vient se mêler linfini de la mer. Attentifs
et vigilants nous faisons nos quarts. Mais tant que le capitaine
reste serein et décontracté nous savons que nous sommes entre
de bonnes mains.
La vie sur le Steve est donc un plaisir, un véritable apprentissage, une expérience à vivre et à retenir. Il faut oublier nos habitudes de vie sur terre, savoir ne plus gaspiller et redonner un sens à tout ce qui rend notre vie confortable : eau, électricité, victuailles
Un peu de Vécu...
La Dominique
Tout à coup le moulinet se vide en cliquetant, ce bruit stressant me tire dun songe voluptueux, et me ramène " les pieds sur mer ". Je bondis hors de ma couchette. Dune main je tourne la barre pour lofer, de lautre jattrape la canne à pêche. Ouh là là ! Il est gros, il faut affaler. Jenroule le génois et descends la grande voile. Une fois le bateau arrêté, cela ne tire plus, je suis dégoûté encore un leurre à 100 balles de perdu je ramène le fil, mais si, il y a encore un truc au bout, bizarre ! Lentement je rembobine, et je vois bientôt arriver sur le côté du bateau devinez quoi ? Une tortue ! Pauvre bête elle a pris le leurre dans sa nageoire avant droite. Elle a peur du bateau par deux fois elle séloigne. Impossible de la remonter à bord elle fait bien 40 kilos, je mets le moteur pour la rattraper et orienter le Steve dans les vagues qui le frappent de toute part. Lorsque la tortue est sous le bateau, jenfile palmes, masque et tuba que javais préparé, je maccroche solidement à un bout qui traînait et plonge. Ah ! (Cri de peur poussé dans le tuba !) Lanimal est à un mètre à côté de moi, elle descend, coup de palme pour lattraper, malheureusement je ne peux saisir quune patte arrière. Elle tire très fort, en sentant la pression de ma main, je ne peux pas la retenir, jattrape le bas de ligne en acier, mais celui-ci se casse, mon amie plonge dans le grand bleu libre. Elle est superbe, je la salue en pensée. Mon Rapala finira par rouiller ou bien elle fera un abcès qui la libérera totalement de ce petit pique. Après cette baignade forcée, je remets les voiles. La Dominique mattend ! En y arrivant, au moteur, je me baigne avec des dauphins, ils sont moins curieux quen Méditerranée. Je fais larrivée à la voile, en voulant purger le filtre à gasoil, jai désamorcé la pompe. Cette île ma séduit, par son côté sauvage, les gens sympas. Pour 3 $EC je monte en taxi collectif à Laudat, point de départ de la balade au " boiling lac ". Dans le taxi collectif, là est tout lintérêt, je rencontre une dame. On papote, elle a la cinquantaine et me raconte comment cétait dans le temps. Il y avait des plantations, les jeunes ne se contentaient pas de largent " facile " du tourisme mais travaillaient dur . Cette femme mindique le point de départ du chemin. Jarrive au cratère après environ 3h30 de marche dabord au milieu dune végétation tropicale, puis dans un paysage lunaire ou la terre multicolore est à nu. Il y a des fumerolles qui soufflent comme un réacteur davion, des geysers, des ruisseaux deau chaude et teintée de gris ou de noir par les particules de roches.Le lac bouillant est aussi gris pâle, encaissé au fond du cratère denviron 300 m de diamètre et 60m de haut, des nuages entiers de vapeur le recouvre, ne laissant voir lébullition que lorsquun coup de vent les chasse. Cest un spectacle fantasmagorique.
Après cette bonne randonnée, je serais bien allé voir les derniers descendants dindiens Arawaks ou Caraïbes, qui vivent reclus de lautre côté de lîle, mais je préfère éviter le " voyeurisme " et les laisser tranquilles. Retour sur la Martinique.
Le Marin - Los Testigos.
Je navigue depuis mardi 23, nous sommes jeudi matin, le réveil me tire dun sommeil profond. La période de la nuit la plus difficile en navigation est entre 5 et 9 heures du matin. Les îles Los Testigos sont en vue encore une dizaine de milles, plus question de se recoucher, faudrait pas rentrer dedans. Je suis tout excité, un peu nerveux, mon petit cur palpite. On ma dit que ces îles étaient sympas mais que vais-je trouver ? Isla conejo plus à lEst semble déserte. Jhésite un peu, jai plutôt envie de rencontrer du monde et de parler Espagnol. Allez jabats pour me diriger vers Isla Testigo Pequeno. Chenchen et sa famille y habitent, personnages à ne pas manquer. En arrivant sur lîle des dauphins viennent jouer sous létrave, superbe. Entre les îles de larchipel le vent tourne un peu, je tire des bords pour rejoindre le mouillage abrité où il y a déjà 3 bateaux. Tiens une cuillère volante vient de traverser lintérieur du bateau. Lorsquon vire de bord tout ce qui est mal calé dun côté passe de lautre Je manuvre un peu mes winchs, cela fait du bien et cest dur à la fois car je me sens mollasson ! Depuis le départ, lalizé souffle dEst, (comme je descends vers le Sud, je suis bâbord amure) les voiles étaient réglées et le pilote, alimenté par léolienne, soccupait de tout, même déviter les filets de pêche pendant mon petit somme ! ! Jaurai pu mettre le moteur pour arriver au mouillage mais jai envie dun peu de sport. Allez, je coupe le pilote, je fais un rond dans leau pour enrouler le génois lorsquil est déventé par la G.V. ainsi il ne faseye pas. Je prépare le mouillage à lavant, en décrochant lancre. Jamène gentiment le Steve sur le mouillage, jaffale la GV le bateau continue sur son erre et je jette lancre. Après avoir tout rangé, je pique une tête, je suis aux anges. Leau est fraîche et toute verte car chargée en alluvions qui viendraient de lOrénoque. Je vais saluer le bateau voisin. Daniel et Francine forment un couple très sympa en préretraite. Ils font un tour de bateau dans les caraïbes depuis 3 ans. Ils connaissent bien le Venezuela. On discute autour dun petit apéritif lorsque la fille de Chenchen nous apporte des langoustes et du poisson du coup, on déjeune ensemble. Laprès midi, je vais saluer Chenchen et sa femme Nelly, je leur apporte une boîte de petits pois. Ils apprécient car lîle est peu ravitaillée. Leur nourriture est essentiellement à base de poisson et de riz. Les jours de fête Chenchen tue une chèvre. Un troupeau dune quarantaine de têtes vagabonde sur lîle au milieu des épineux et des cactus. En me baladant je me demande bien ce quelles peuvent manger, le paysage est désertique, pas darbres à part quelques cocotiers sur la plage de sable fin, que des grands cactus comme dans les films de cow-boys. Chenchen est un peu le garde de lîle. La pêche est interdite pour les touristes. Lorsque je lui pose la question daller chercher de la nourriture il me donne rendez-vous le lendemain midi. Je lui demande, entre autre, comment se procurent-ils de leau douce, bien tout simplement en récupérant leau de pluie. Cest fou de voir la condition de vie de cette famille. Vendredi comme prévu Chenchen avec son petit-fils nous amène chercher des langoustes en un quart dheure nous en ramenons 3 belles. Les pêcheurs avec des petites barques ramassent la langouste 6 mois de lannée. Tous les bateaux vendent leur prise au patron dune grande " lancha " ,grosse barque à moteur. En une semaine, daprès Chenchen, une tonne de Langouste est chargée par lensemble des pêcheurs de larchipel. Ensuite la cargaison est transportée aux Antilles pour y être vendue un bon prix.
Los Testigos Puerto la Cruz.
Samedi 15 h ma position est 11°06 Nord et
63°34 Ouest le cap est 235°. Je vais aller dormir au
mouillage de Margarita. Le vent est très faible 7 à 8
Nuds par le travers. Jai ressorti le génois léger,
en lenvoyant à lavant javais pris soin de
laisser traîner un long bout à larrière du bateau, pour
my rattraper en cas de chute. Mais cela ne risquait rien du
tout car la mer est très calme. Ce midi jai même pu
manger sur la table du cockpit, je me suis éclaté : filet
de pagre rouge au beurre, gratin de christophines et patate douce
Humm quel régal !
6h30 dimanche matin, le temps est tellement beau que dès mon réveil, après être allé récupérer une drisse en tête de mât, je mets les voiles. Je nai même pas mis pied à terre, Portlamar est une ville bétonnée, vu de la mer on croirait New York. Je passe une bonne partie de la journée sur le pont du bateau à recoudre laborieusement un morceau de toile sur la chute du génois léger. Jarrête juste mon travail pour admirer les dauphins, engloutir une platée de pâtes ou régler le cap du bateau. Je mouille aux couleurs du couchant dans la baie de Puerto la Cruz. Sur la plage je retrouve Georges qui vient passer 15 jours avec moi. Le dépaysement est total, jai beaucoup de plaisir à marcher dans la ville qui me rappelle les cités brésiliennes. Il y a de grandes avenues encombrées de voitures énormes, style américain, lessence nest pas chère. Malheureusement on ne prend pas soin de diminuer la consommation de pétrole qui nest pas une source inépuisable dénergie. Une certaine misère traîne dans les rues, pourtant de nombreuses personnes sont obèses, je pense que les gens salimentent mal. Il y a des " Fast food "et à chaque coin de rue de petits étalages mobiles vendent des sandwichs et des sucreries ou des souvenirs pour touristes. Les gens déambulent le long du bord de mer, sous des tonnelles certains jouent aux échecs. Bref lambiance est décontractée, et lon ne ressent aucune animosité de la part des Vénézuéliens, bien au contraire.
Puerto la Cruz Chimana grande La Tortuga.
Après un bref tour dans la ville pour faire
les courses et voir le courrier électronique, nous partons sur
une île à 6 milles dans le Nord Est. On tire des bords par un
vent variable avec des rafales à 32 Nds. Puis je
mengouffre au moteur entre deux falaises pour mouiller dans
un petit lac intérieur. Nous voilà, tout seul au milieu des
montagnes doù descendent des rafales de vent. Le lendemain
matin, on fait une photo en crapahutant sur les flancs abrupts et
pleins de cactus puis nous mettons les voiles sur la Tortuga.
Enfin de leau claire, des paysages paradisiaques, je
mapproche des plages de sable fin suivant la couleur des
fonds : Bleu ou vert foncé ça passe, vert clair ou marron
il ny a pas deau. Lîle nest pas haute
(30m) lalizé souffle à 20 Nds mais le Steve est à
labri des vagues derrière un petit îlot désert.
Cest le pied !
Nous réparons l'éolienne au port de puerto la cruz
Lapostrophe du Lorenzo.
Jai lu ce mois ci, lhistoire dun nez ! " Le parfum " de Patrick Süskind, un peu bizarre mais il y a des idées bien intéressantes sur les relations humaines. Jai fini " petite philosophie à lusage des non philosophes " dAlbert Jacquard, et actuellement je suis au cur de lAngleterre Victorienne du 19ième siècle, avec le livre de Ken Follett " la marque de Windfield. ", Cest super. Javais déjà bien apprécié son livre sur la construction des cathédrales " les Piliers de la terre ".