La Gazette du STEVE N° 2
Par Laurent LHERMITTE. Novembre 1998
Je remercie tous ceux qui ont déjà répondu au Numéro 1. Jespère que vous ne vous êtes pas trop impatientés, nous verrons plus loin quil ne faut jamais se précipiter sur un bateau. Lidée qui a donné lieu à ce journal, était de communiquer avec la classe décole primaire dune amie, Aline, quoi de mieux pour apprendre la géographie que de suivre le Steve. Depuis dautres classes se sont intéressées à ce projet, le journal est un peu écrit pour les enfants. Mais il est également destiné aux adultes qui, comme dit mon ami Alain:" nont pas perdu leur faculté démerveillement !"
Le Steve.
Il y a sur le Steve un instrument électronique, gros comme une calculatrice, qui donne instantanément la position du bateau, sur la mer, par deux angles : la Longitude et la Latitude. Cest un G.P.S. (de langlais Global Positioning Système). Lincertitude est denviron 100 mètres. Lorsque je navigue loin des cotes cest le moyen le plus rapide pour avoir sa position et sa vitesse. Sans le G.P.S. il y a 2 méthodes : Lestime, ce que fit Christophe Colomb, en mesurant sa vitesse et le cap suivi au bout dun certain temps on sait à peu près sa position (sauf pour ce fameux Christophe !) Le sextant, est un instrument qui permet de mesurer langle entre lhorizon et le soleil ou une étoile. Avec des tables et quelques heures de calcul, on détermine sa position à 5 milles près.
Un peu dastronomie.
Durant une magnifique nuit étoilée, jétais de quart de minuit à 4 ou 5 heures, je contemplais la voûte céleste. Jétais très content de vérifier ce quon mavait appris dans mon enfance. La terre tourne bien sur elle même. Toutes les étoiles semblent tourner dEst en Ouest comme le soleil. Seule létoile polaire ne bouge pas. Pourquoi ? Ah Ah et bien tout simplement car elle est alignée sur laxe de rotation de la terre. Au bout de quelques heures je trouve un jeu passionnant : Sur une carte du ciel, pendant quelques minutes, je repère une constellation en essayant de mémoriser la position des étoiles. Le but du jeu est ensuite de la localiser dans la nuée détoile au-dessus de ma tête. Lorsque jen trouve une je suis content, et me dit que ca marche bien, elle a bien la forme dessinée sur le livre. Le seul risque de cet amusement est le torticolis, lidéal est de sallonger par terre. Essayer de trouver la fameuse grande ourse, en forme de casserole, puis prolongé, vers le haut, 5 ou 6 fois lespace entre les 2 étoiles qui sont à lopposé du manche, vous tombez sur létoile polaire. Elle indique le Nord. Cela permet, la nuit tout au moins de ne pas le perdre !
Les courants dHercule et dAvance pas.
Au moment ou jécris ces lignes je suis en plein océan Atlantique, bien loin de la terre ferme. Je navigue depuis hier après midi, ma position est environ 36 degrés de latitude Nord et 6 degrés de longitude Ouest, jai franchi le détroit dans la soirée, avec un peu de mal car il y a un fort courant de surface de latlantique vers la Méditerranée et pas de vent dEst pour maider. Jai du faire 4 à 5 heures de moteur Savez vous pourquoi il y a un tel courant ? Moi, je viens de lapprendre, alors il faut que je vous raconte : En Atlantique les marrées sont importantes. Le marnage est justement la différence de hauteur entre le niveau de leau à marrée basse et à marrée haute. Suivant le lieu en Atlantique il varie de quelques mètres à 5 ou 6 mètres. Par contre en Méditerranée le marnage est de quelques centimètres. Cette différence de niveau va créer un courant de marée. Je me suis donc engagé dans le détroit lorsque ce courant était favorable, or à ma grande surprise javais encore un courant de face, de quasiment 2 nuds. Bizarre, les instructions nautiques se seraient-elles trompées ? Et bien non, en les relisant avec plus dattention, je découvre quil existe aussi un courant dit de surface, toujours orienté de lAtlantique vers la Méditerranée, donc dOuest en Est. La raison est simple, la mer Méditerranée sévapore plus vite que les fleuves ne la remplissent ! Cest locéan Atlantique qui, perpétuellement coule vers la Méditerranée. Tiens, je me demande bien dans quel sens sécoule le canal du midi
Episode de la baignade avec les Dauphins
Devant Alméria,
dans la baie nous devons viré de bord pour éviter un petit
chalutier espagnol. A la hauteur du bateau de pêche on aperçoit
des dauphins sauter à quelque centaine de mètres derrière lui,
ils sont attirés par le chalut, je pense quils se
nourrissent des poissons que celui-ci rejette. Puis plus loin,
dans une excitation générale on constate quil y en a
plein partout, par banc dune dizaine ils remontent respirer
en surface. Jabats pour rejoindre un groupe plus vite, ils
aiment venir jouer sous létrave lorsque celle-ci créer
une grosse vague écumante Cest un spectacle fabuleux nous
avançons à 6 ou 7 nuds et eux vont à une vitesse folle,
ils se retournent nage sur le dos, sautent en se tortillant,
changent de direction en pleine vitesse, et tout cela sens jamais
se rentrer dedans ! En pleine vitesse ils se frôlent à
quelques centimètres, cest un vrai ballet. Lenvie de
nager avec eux est forte, pour cela jaccroche une corde à
larrière du bateau. On enfile une combinaison et
cest parti, chacun notre tours nous sommes tirés par le
Steve, et les dauphins très curieux viennent nager à nos
côtés ils passent parfois à un mètre à peine. Nous devons
ressembler à de drôle de poissons ! Avec le masque sous
leau on les voit super bien, ils sont magnifiques, se sont
des dauphins dit bleu et blanc ou Stenella coeruleoalba.
Un peu de Vécu
Etape Calpe Gibraltar.
Le dimanche 15
octobre, en compagnie de Jean-Charles et son ami Olivier, nous
préparons le bateau. Dès le lundi nous mettons les voiles, et
vers 9 h, franchissons une fameuse ligne imaginaire : Le
méridien de Greenwich ! Notre longitude passe dEst en
Ouest et elle croit au lieu de décroître. Il sensuit une
période de cabotage le long des cotes espagnoles, je ne voudrai
surtout pas dégoûter mon équipage en le malmenant et cela nous
permet de découvrir de très belles villes comme Cartagène.
Juste avant dy arriver dailleurs nous tombons en
panne de gaz. Ainsi Jean-Charles et moi avec nos vélos et la
grosse bouteille de gaz, nous parcourons la ville et aux
alentours les immenses raffineries. Cartagène est un port
pétrolier et méthanier. Dire que dans ces réservoirs il y en a
des millions de tonnes, alors quil nous faudrait 13 petits
litres
Un gardien très sympathique, nous fera finalement
remplir la bouteille pour le lendemain. Nous entrons dans la mer
dAlboran, un peu réputée pour être mauvaise. Les vents
dOuest obligent à tirer des bords et la vitesse de
progression, le V.M.G., est alors que de 2 à 3 nuds, ce
n'est pas rapide ! Nous attendons donc au port les vents
favorables. Enfin le mardi 27 octobre la météo nous annonce un
vent dEst force 4/5 pas de temps à perdre, on met les
voiles. Nous sommes un peu pressés darriver à Gibraltar,
nous naviguons toute la nuit, sous les étoiles, des dauphins
viennent encore nous saluer. Leur trajectoire, grâce au plancton
fluorescent ressemble aux étoiles filantes. A laube du
mercredi nous doublons le rocher mythique. Arrivé au port
Jean-Charles et Olivier décident darrêter leur voyage
ici.
Le rocher de Gibraltar vu du
large:
Gibraltar.- Madère.
La fin du monde pour les Grecs, Gibraltar est, depuis 1713, une ville anglaise au bout de lEspagne ! On se croit vraiment en Angleterre, même le ciel est gris. Les vents, chauds et humides, de la Méditerranée arrivent sur le rocher, lair en montant refroidit, la vapeur deau en se refroidissant condense et les gouttelettes deau forment un nuage. Cest pour cette raison quil y a toujours un nuage au-dessus des Iles. Dans les rues larchitecture est typiquement anglaise, les policiers ont luniforme anglais Bref la seule différence notable que jai pu remarquer est que les voitures roulent à droite. Apres avoir avitailler, fait le plein de gasoil, calculé lheure favorable pour la marée et pris la météo à 5 jours, je quitte le port avec une sensation très intense de totale liberté et la joie de se lancer vers linconnu. Cest exaltant ! Dans la baie les dauphins maccompagnent vers le détroit, je prends cela comme un bon présage. Il y a bien un petit stress, je sais quil nest plus permis de faire machine arrière maintenant. Jai confiance en mon bateau, si je suis raisonnable nous irons loin. La raison impose par exemple de se réveiller toutes les demi-heures pour jeter un il voir sil ny a pas un cargo qui ferai route de collision. La probabilité est tout de même très très faible de plus, je mécarte toujours des routes des cargos. Cette traversé en solitaire, va être importante pour moi, ce nest pas la première, mais la plus belle, mon tour du monde commence ici. Ces jours en mer me laissent le loisir de philosopher sur de vastes sujets : La vie, la mort, lamour, le temps et son appréhension, la solitude et les hommes, leur comportement en société ou lisolement est parfois pire quen mer, la musique, les sciences et nos croyances, bref des tas de choses dont beaucoup de penseurs ont déjà parlé bien mieux que je ne le ferai. Les sensations sont très fortes, un rythme différent sinstalle le temps ne compte plus et semble arrêté, je pêche, mange, dors, fais marcher le bateau, et tâche de me cultiver les muscles et la tête.
Le manque dodeur en mer fait quen arrivant à terre, je retrouve mon odorat, ce sens prend alors toute son importance. A Porto Santo, petite îles de larchipel de Madère lodeur de terre un peu humide, de ferme, me comble de joie. Jamarre le bateau et me couche. Le lendemain est uniquement consacré à la découverte de lîle et cest magique. La ville est petite, les maisons un peu blanches au toit rouge me rappellent les Antilles. La végétation tropicale est constituée de plantes grâces, de cocotiers. Rapidement je grimpe au sommet, les cactus sont remplacés par une forêt de pins qui pourrait bien être autrichienne. La douce odeur dhumus me remplie les narines. Cest Antonio Schiapper de Azevedo (1870 1926) linitiateur du boisement des flancs abrupts et arides de ce volcan. Un gigantesque travail de terrassement a été fait, des rigoles sont prévues pour récupérer leau dans de grands réservoirs. En haut du "pico do castelo " à environ 1000 mètres il y a un refuge, je suis dans les nuages. Par moment le brouillard laisse voir le bas. La mer y reflète la clarté du soleil, comme si elle était glacée. Cest beau. Le soir lîle, est très calme, il y a peu de touriste, les hommes se retrouvent dans les cafés, les enfants jouent sur la " rambla ". Le lendemain, après un footing sur la plage de 9 kms, je repars pour une nuit de traversé jusqu'à Funchale capitale de larchipel. Cest dimanche, la ville est grande et étendue, les gens bien habillés sy promènent, surtout le soir car il fait moins chaud. Je retrouve au mouillage devant le port un bateau français. Bernard le propriétaire me prête quelques cartes marines indispensables, que je copie. Le lundi une gentille demoiselle et son ami me font visiter lîle, cest sympa. La nuit je remets les voiles impatient de découvrir dautres îles.
Madère - Les Canaries
La traversé est assez éprouvante, je dois barrer la journée entière. Une grande houle de travers empêche les pilotes automatiques de garder leur cap plus de 5 minutes. Le vent assez fort, de 15 à 20 nuds, pousse le Steve à 7 nuds. Jarrive le soir vers 23h devant le port de Santa Cruz de Ténérife et là, catastrophe. Je prépare lentrée au port, sors les amarres les pare-battages, et repose le capot avant sans le fermer correctement. Lidée que les écoutes puissent se prendre dedans meffleure mais la voile est enroulée puis le port est tout près. Erreur jai mal lu les instructions nautiques, ce nest pas le bon ! Allez, je ressors et remet les voiles pour descendre au port de plaisance. Le vent est assez fort, je navigue au largue(3/4 arrière). La grande houle rebondissant sur la digue créer une mer effervescente. Et bien sur, devant le port, en enroulant le génois lourd les écoutes arrachent le hublot, il sombre par plus de 100 m de fond. Je suis furieux contre moi-même pour cette négligence. En bateau comme ailleurs, il ne faut jamais se précipiter et toujours finir le travail qui doit être fait calmement et correctement.
Grâce à un copain, Fabien, qui vient passer une semaine, le hublot est réparer. Il ma été impossible den trouver un ici. Merci Fabien ! Les temps fort de son séjour, sont lascension du volcan " Del Teide ", une baignade avec des globicéphales noirs et la visite de lîle de Goméra doù parti dailleurs Christophe Colomb le 6 septembre 1492
Arriver en bus à 2000 m vers 11 h la montée au sommet de 3770 m est difficile. Il ny a pas de chemin tracé, nous grimpons sous le téléphérique. Les flancs du volcan, tel un paysage lunaire, sont constitués de poussière et de bloc de laves, à se demander comment les quelques buissons arrivent à pousser. Sur ce terrain instable pour faire un pas nous dépensons lénergie de deux ! Nous sentons au fur à mesure la température chuter, par manque déquipement, le vent nous glace les mains et les oreilles. A 3000 m la végétation est remplacée par quelques paquets de neige dure. Après 4 h deffort nous atteignons le sommet ou règne une forte odeur de souffre. Dans le cratère ou nous descendons, des fumerolles crachent des vapeurs assez chaudes, autour se forment de magnifique concrétion de cristaux jaunes. Par bonds dans la cendre nous descendons en 1h de temps. Il est 17h toutes les voitures partent, il nous en faut une pour rentrée en stop, plus question de marcher.
Entre Goméra et Tenerife il y a beaucoup de krill les cétacés restent là. Comme avec les dauphins je les approche et plonge, cest magnifique il y a un groupe de 3, la mère, le petit qui reste à ses cotés et un plus gros qui semble surveiller les alentours. Celui-ci passe à un mètre sous Fabien qui regagne rapidement le bord. Ils sont totalement inoffensifs, et communiquent par des sons aigus, un moment javance cote à cote avec le mâle, je peux distinguer son il qui ressemble à celui dun homme avec liris marron. Il me regarde et semble rire, cest génial. Puis tranquillement le groupe plonge dans le bleu des profondeurs, jai très envie de lâcher la corde et de les suivre, mais il faut rester raisonnable.
La balade sur Goméra est très sympa, parti en bus comme dhabitude nous rentrons en stop, après avoir fait le sommet (1500m) En bas, et sur la cote sous le vent les décors ressemble au Maroc, la roche est nue, cest aride, mais les jardins tel des oasis, sont très verts et entourés de palmiers ou de cactus. Dans le haut, toujours à cause de la fameuse vapeur deau, cest vert, il y a de superbes forêts, avec des châtaigniers, nous sommes quitte pour 5 h de marche dépaysante.
Planning de la navigation du Steve :
| Torrevieja A : lundi 19 octobre 18h D : Mardi 20 octobre 19h |
Cartagène A :Mercredi 21 octobre 13h40 D :jeudi 22 octobre 17h |
Almerimar A :vendredi 23 octobre 21h D :Dimanche 25 octobre14h30 |
| Puerto de
Adra A :Dimanche 25 octobre 16h D :Lundi 26 octobre |
Marina del
Este A :Lundi 26 octobre le soir D :Mardi 27 octobre 13h |
Gibraltar A :Mercredi 28 octobre 12h D :Jeudi 29 octobre 15h30 |
| Puerto Santo A :Jeudi 5 Novembre 2h30 D :Samedi 7 Novembre 20h |
Funchal A :Dimanche 8 Novembre 9h D :Mardi 10 Novembre 2h30 |
Puerto Santa
cruz de ténérife A :Mercredi 11 Novembre 23h D :Dimanche 15 Novembre 14h |